Mesurer ce qui compte dans l'agriculture régénérative

Mesurer ce qui compte dans l'agriculture régénérative

Pourquoi les indicateurs sont importants dans l'agriculture régénérative

Partout dans le monde, l'agriculture régénérative est considérée comme un moyen de restaurer les écosystèmes tout en maintenant la productivité et la rentabilité des exploitations agricoles. Le rapport 2023 intitulé « L'agriculture régénérative au Brésil : défis et opportunités » publié par le Conseil brésilien des entreprises pour le développement durable (CEBDS) souligne clairement un point essentiel : l'agriculture régénérative ne pourra se développer sans indicateurs clairs et crédibles. L'étude souligne « le besoin urgent de mesures capables de démontrer si les résultats escomptés de l'agriculture régénérative ont été atteints » et évoque même la possibilité d'un futur label de production régénérative basé sur ces indicateurs. Ce message est tout à fait conforme aux évaluations mondiales. Le rapport spécial du GIEC sur le changement climatique et les terres montre que l'agriculture et l'utilisation des terres peuvent être soit une source majeure d'émissions, soit une solution climatique, selon la manière dont les terres sont gérées et surveillées.

Sans mesure, l'agriculture régénérative devient un ensemble d'intentions et d'anecdotes. Deux fermes voisines peuvent toutes deux adopter un labour réduit, des cultures de couverture et des rotations diversifiées. Cinq ans plus tard, l'une peut présenter un sol plus profond et plus riche en carbone, une meilleure infiltration de l'eau et des rendements stables malgré les contraintes climatiques. L'autre ne peut que dire « ça semble mieux ».

Les indicateurs transforment les pratiques régénératrices en une gestion fondée sur des données probantes. Ils permettent aux agriculteurs de voir quelles pratiques fonctionnent dans leur contexte, de communiquer les résultats aux acheteurs et aux banques, et d'accéder à de nouvelles opportunités sur les marchés du carbone et des services écosystémiques. Les indicateurs sont la colonne vertébrale qui transforme l'agriculture régénératrice en une transition stratégique, et non en un simple discours.

Que devez-vous mesurer dans votre exploitation agricole ?

L'une des contributions les plus pratiques de l'étude du CEBDS est sa théorie claire du changement pour l'agriculture régénérative. Elle définit quatre dimensions d'impact clés : la séquestration du carbone, la restauration des sols, l'utilisation efficace des ressources agricoles et la biodiversité.

Afin de saisir ces dimensions sur le terrain, le rapport regroupe les mesures en quatre catégories d'indicateurs : visuels, physiques, chimiques et biologiques. Cette structure est très proche de celle recommandée par les initiatives internationales en matière de santé des sols et peut être traduite en un ensemble simple de mesures de surveillance au niveau des exploitations agricoles.

1. Sol : au cœur des indicateurs de régénération

Le sol est au cœur de l'agriculture régénérative, et c'est là que les signes les plus importants du changement apparaissent en premier. Selon le CEBDS et les recommandations mondiales de la FAO sur le carbone organique du sol, l'un des indicateurs les plus significatifs est le carbone organique du sol (COS) ou la matière organique présente dans la couche arable. Cette mesure unique en dit long sur la restauration des sols et l'atténuation du changement climatique, car elle reflète la quantité de carbone stockée dans le sol et son bon fonctionnement en tant que système vivant. Outre le COS, il est essentiel de comprendre l'environnement chimique du sol. La surveillance du pH et des nutriments clés tels que le phosphore et le potassium permet de déterminer si les plantes peuvent réellement accéder aux nutriments dont elles ont besoin et comment elles sont susceptibles de réagir aux pratiques régénératives et aux engrais qui sont encore utilisés.

La condition physique du sol est tout aussi importante. Des indicateurs tels que la densité apparente, le degré d'agrégation ou de simples lectures au pénétromètre montrent si le sol est compacté ou suffisamment aéré pour permettre aux racines et à l'eau de circuler librement. Un sol physiquement contraint aura du mal à offrir les avantages promis par la gestion régénérative, quelle que soit la qualité apparente de la rotation des cultures sur le papier. Enfin, l'activité biologique rassemble toutes ces dimensions. Des indicateurs tels que la respiration du sol, les mesures du carbone actif ou même les observations directes sur le terrain des racines, des vers de terre et de la croissance fongique révèlent si le sol fonctionne comme un environnement biologiquement riche. Lorsque ces signaux physiques, chimiques et biologiques s'améliorent ensemble, les données commencent à confirmer que l'agriculture régénérative n'est pas seulement un changement de pratique, mais une véritable régénération du sol lui-même.

2. Cultures et biodiversité : ce que révèle le terrain

L'agriculture régénérative vise à accroître à la fois la productivité et la diversité au-dessus et en dessous du sol. Dans la pratique, cela signifie suivre le rendement et la stabilité des rendements par champ ou parcelle sur plusieurs saisons, diversifier les cultures, notamment par la rotation, la culture intercalaire et les cultures de couverture, et utiliser des indicateurs simples de biodiversité, tels que les bandes fleuries, la présence de pollinisateurs et l'activité des oiseaux autour des champs.

3. Résilience face à l'eau et au climat

Le rapport du CEBDS cite parmi les principaux avantages environnementaux des systèmes régénératifs l'amélioration de la régulation de l'eau, du microclimat et de la résilience aux phénomènes climatiques extrêmes. Le rapport du GIEC sur les terres souligne que le maintien de la couverture du sol et l'amélioration de sa structure sont essentiels pour réduire l'érosion, augmenter l'infiltration et protéger les exploitations agricoles contre les sécheresses et les inondations. Les indicateurs pertinents pour les agriculteurs comprennent le nombre de jours de couverture du sol par an (cultures, résidus, cultures de couverture par rapport au sol nu), le comportement d'infiltration observé après de fortes pluies (la vitesse à laquelle l'eau quitte la surface par rapport aux champs voisins) et les enregistrements des épisodes de sécheresse, de canicule ou d'engorgement et leur impact sur le rendement.

4. Économie agricole et moyens de subsistance

Les transitions régénératives doivent avoir un sens sur le plan économique. Le rapport du CEBDS met explicitement en avant l'amélioration de la productivité, une meilleure efficacité des ressources, une réduction de la vulnérabilité aux risques climatiques et un renforcement des moyens de subsistance en milieu rural comme résultats centraux. Les indicateurs économiques au niveau des exploitations agricoles peuvent inclure les coûts des intrants par hectare (engrais, pesticides, carburant, main-d'œuvre), les marges brutes ou les revenus nets par culture et par champ au fil du temps, les besoins en main-d'œuvre et la répartition de la charge de travail au sein du ménage ou de l'équipe agricole, l'accès à des incitations financières, des primes ou des lignes de crédit liées à des performances régénératives vérifiées, souvent guidées par des cadres internationaux soutenus par des organisations telles que la Banque mondiale sur le MRV numérique pour l'utilisation des terres.

Ces indicateurs garantissent que l'agriculture régénérative ne se contente pas de régénérer les écosystèmes, mais qu'elle soutient et renforce également les exploitations agricoles.

Ce que vous gagnez en mesurant

Le rapport du CEBDS décrit un large éventail d'avantages potentiels liés à l'agriculture régénérative, allant d'une structure du sol plus solide et d'une biodiversité plus riche à des cycles hydrologiques plus sains et à une plus grande résilience climatique. Cependant, ces avantages ne deviennent visibles et défendables que lorsqu'ils sont étayés par des données. Les mesures apportent tout d'abord de la clarté : lorsque le carbone organique du sol augmente sur plusieurs années, lorsque l'infiltration s'améliore et que l'érosion diminue, et lorsque les rendements restent stables malgré des précipitations plus irrégulières, les agriculteurs peuvent constater que la régénération est bien réelle, plutôt que de se baser sur une seule bonne ou mauvaise saison.

La mesure renforce également la crédibilité. L'étude du CEBDS souligne que des indicateurs solides peuvent soutenir les futurs labels d'agriculture régénérative et éclairer les politiques publiques telles que le plan RenovAgro du Brésil, en liant les résultats environnementaux vérifiés à la reconnaissance et aux incitations. Au niveau mondial, les marchés du carbone et les programmes de services écosystémiques suivent la même logique, en s'appuyant de plus en plus sur des systèmes de suivi, de reporting et de vérification (MRV). Les recommandations d'institutions telles que la Banque mondiale sur les systèmes MRV numériques et les cadres de gestion des sols de la FAO convergent vers une idée simple : sans données fiables, l'accès à ces mécanismes est limité et les allégations de durabilité restent difficiles à prouver.

Enfin, les mesures permettent aux agriculteurs de contrôler leur transition vers l'agriculture régénérative. Au lieu d'adopter aveuglément certaines pratiques, ils peuvent tester des changements sur une petite superficie, observer les réactions des sols, des rendements et des coûts, puis étendre ce qui fonctionne tout en abandonnant ce qui ne fonctionne pas. Les recherches synthétisées par le CGIAR et le CIMMYT sur l'agriculture de conservation montrent que les agriculteurs qui associent les données à une gestion adaptative sont plus susceptibles de maintenir des pratiques régénératives à long terme, même en cas de stress climatique. Dans ce sens, le suivi transforme l'agriculture régénérative en un processus d'apprentissage continu, où chaque saison génère des informations qui affinent la décision suivante.

Comment mesurer dans la pratique : une méthode simple

La mesure n'a pas besoin d'être complexe ou coûteuse. L'étude du CEBDS met l'accent sur deux principes très pratiques : utiliser des indicateurs visuels étayés par des données satellitaires afin de réduire les coûts de surveillance et de rendre l'évaluation plus évolutive, et se concentrer sur un ensemble minimal d'indicateurs clés afin que le processus reste rapide, abordable et accessible. L'idée n'est pas de mettre en place un système de surveillance parfait dès le premier jour, mais de commencer par une structure allégée que les agriculteurs peuvent réellement maintenir au fil du temps.

Dans la pratique, cela commence par la définition d'un ou deux objectifs principaux pour les cinq à dix prochaines années, tels que des rendements plus stables, une amélioration du carbone et de la fertilité des sols, une moindre dépendance vis-à-vis des intrants externes ou la préparation aux marchés du carbone et de la durabilité. Ces objectifs permettent de déterminer les indicateurs les plus importants. À partir des quatre dimensions du CEBDS (carbone, sol, utilisation des ressources et biodiversité), un agriculteur peut alors sélectionner un petit ensemble réaliste de paramètres à suivre de manière cohérente, tels que le carbone organique et le pH du sol dans quelques champs représentatifs, les rendements par champ et par saison, les jours de couverture du sol et les observations de base sur l'érosion, ainsi que de simples registres des coûts des intrants et des marges. Même cet ensemble modeste touche déjà à la restauration des sols, à l'atténuation du changement climatique, à l'efficacité des ressources et à la performance économique.

Les agriculteurs n'ont pas à tout mesurer eux-mêmes. Les laboratoires nationaux d'analyse des sols, les coopératives, les ONG et les services de vulgarisation peuvent aider à l'échantillonnage et à l'analyse, tandis que la surveillance à la ferme peut s'appuyer sur des outils de base tels que des bêches, du matériel d'échantillonnage simple, des carnets ou des applications numériques et, le cas échéant, des services de télédétection par satellite ou à faible coût qui reflètent l'importance accordée par le CEBDS aux indicateurs visuels évolutifs. Les outils numériques tels que l'assistant agronomique virtuel de Valora Earth peuvent aider davantage les petits et moyens agriculteurs en traduisant ces concepts en conseils pratiques et détaillés sur la manière de commencer, les indicateurs à privilégier et la manière d'effectuer les mesures dans leur contexte spécifique. L'étape cruciale consiste à intégrer le suivi dans le calendrier agricole plutôt que de le considérer comme une tâche supplémentaire occasionnelle : échantillonnage du sol à intervalles réguliers, enregistrement des rendements et des intrants lors de la récolte, et brèves vérifications visuelles de la couverture du sol et du risque d'érosion à des moments clés de la saison. Au fil du temps, la cohérence importe plus que la précision.

Enfin, les données ne deviennent vraiment utiles que lorsqu'elles sont utilisées pour ajuster la gestion, et non pas simplement pour remplir des rapports. En réservant au moins une fois par an du temps pour examiner les indicateurs, seul, avec les membres de la famille ou avec un conseiller technique, les agriculteurs peuvent voir si le carbone et la fertilité des sols ont tendance à augmenter, si les rendements et les marges s'améliorent dans les champs soumis à des pratiques régénératrices, et où des compromis, tels que des pics de main-d'œuvre plus élevés ou des baisses de rendement à court terme, nécessitent une meilleure planification. De cette manière, la mesure transforme l'agriculture régénérative en un processus de régénération continue guidé par des preuves, plutôt qu'en un changement ponctuel des pratiques.

L'agriculture régénérative offre une promesse forte : des sols plus sains, des exploitations agricoles plus résilientes et des communautés rurales plus fortes. Le rapport du CEBDS montre que cette promesse devient réalité lorsque les agriculteurs mesurent ce qui compte : le carbone, le sol, la biodiversité, l'eau et l'économie, de manière simple, abordable et cohérente.

Vous n'avez pas besoin de données parfaites pour commencer. Vous avez besoin d'un point de départ clair, d'un ensemble minimal d'indicateurs et de la volonté d'observer les changements qui s'opèrent sur vos terres à mesure que vous les régénérez. Les indicateurs transforment ce parcours d'une simple histoire en une réalité mesurable et crédible.

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