Une nation côtière façonnée par l'eau
La géographie de l'Indonésie constitue le fondement de l'aquaculture : plus de 17 000 îles et un littoral étendu, selon les données du ministère indonésien des Affaires maritimes et de la Pêche. Pendant des siècles, les communautés côtières de Java, Sumatra et Sulawesi ont dépendu des étangs piscicoles, de la pêche sauvage et de l'agriculture côtière, bien avant l'apparition des systèmes modernes.
L'aquaculture à grande échelle s'est accélérée au cours des années 1970, avec la commercialisation de la production de crevettes et de chanos. Cette évolution s'est accentuée avec la demande à l'exportation au cours des années 1990 et au début des années 2000.
Aujourd'hui, l'Indonésie figure parmi les premiers producteurs mondiaux d'aquaculture. La production agricole totale du pays s'élevait à 171 milliards de dollars américains en 2023, dont 20 % provenaient de l'aquaculture.
Les algues ont à elles seules fait de ce pays l'un des plus grands fournisseurs de l'industrie mondiale des hydrocolloïdes utilisés dans l'alimentation, les cosmétiques et les produits pharmaceutiques.
Les avantages naturels qui distinguent l'Indonésie
Plusieurs avantages concurrentiels majeurs placent l'Indonésie dans une position favorable pour l'aquaculture.
Tout d'abord, son climat équatorial favorise la production aquacole tout au long de l'année, contrairement aux cycles saisonniers des régions tempérées. Les éleveurs de crevettes et de tilapias peuvent réaliser plusieurs cycles de récolte chaque année, ce qui augmente considérablement le rendement annuel.
Deuxièmement, l'Indonésie se trouve dans le triangle de corail, une zone de grande biodiversité, la région marine la plus riche en biodiversité de la planète. Cette richesse écologique favorise la diversité des espèces, les écloseries et les systèmes d'élevage flexibles.
Troisièmement, la hausse de la demande intérieure en produits de la mer soutient la croissance du marché. Selon l'agence nationale indonésienne des statistiques BPS, la consommation de poisson par habitant continue d'augmenter, ce qui signifie que le secteur ne dépend pas uniquement des exportations.
Enfin, l'aquaculture s'inscrit dans la continuité de pratiques culturelles ancestrales. Les systèmes traditionnels de bassins tambak sont ancrés dans les systèmes alimentaires locaux, créant ainsi une main-d'œuvre qualifiée capable de s'adapter aux nouvelles techniques à mesure que l'adoption des technologies progresse.
Les difficultés de la croissance : maladies, infrastructures et pressions sur la durabilité
Malgré ses avantages, le secteur est confronté à plusieurs obstacles persistants.
Les épidémies, en particulier le syndrome des points blancs chez les crevettes, constituent un problème récurrent qui entraîne des rendements irréguliers et des risques financiers pour les petits exploitants agricoles.
Les lacunes en matière d'infrastructures limitent encore davantage la valorisation. Une évaluation de l'aquaculture réalisée par la FAO en 2024 a révélé que de nombreux producteurs ne disposent pas d'entrepôts frigorifiques, d'écloseries fiables, de géniteurs exempts de maladies et d'installations de transformation. Sans ces systèmes, la qualité des produits se détériore avant même qu'ils n'atteignent les marchés d'exportation ou de détail.
Les pressions environnementales ajoutent à la complexité. La disparition des mangroves à Java et Sumatra lors de l'expansion rapide des étangs entraîne une érosion accrue et une intrusion d'eau salée, conséquences d'une mauvaise planification.
La dépendance alimentaire est une autre vulnérabilité. L'alimentation des crevettes et des poissons dépend en partie de matières premières importées, notamment la farine de poisson et la farine de soja, ce qui lie les coûts à la volatilité mondiale des matières premières.
Enfin, le sixième rapport d'évaluation du GIEC avertit que le stress thermique, les précipitations extrêmes et les inondations côtières menacent les zones aquacoles tropicales. L'augmentation des températures réduit la quantité d'oxygène dissous, augmente l'activité des agents pathogènes et accroît le risque de mortalité, en particulier dans les exploitations à faible niveau technologique.
Une transition vers une agriculture plus intelligente et plus durable
Cependant, l'Indonésie ne reste pas immobile : le secteur évolue.
Les programmes d'amélioration génétique améliorent la qualité des semences pour les crevettes vannamei et les tilapias, augmentant ainsi les taux de survie et l'efficacité de la croissance.
De plus en plus d'agriculteurs investissent dans des technologies telles que les bassins revêtus, les distributeurs automatiques d'aliments et la surveillance en temps réel de la qualité de l'eau. Les systèmes contrôlés réduisent la propagation des maladies et améliorent la prévisibilité, ce qui constitue un avantage majeur pour le financement et la gestion des risques.
Les efforts de restauration environnementale s'accélèrent également. Des programmes communautaires de restauration des mangroves permettent de reconstituer les forêts côtières, d'améliorer la filtration de l'eau et de renforcer la résilience face aux tempêtes et à l'érosion.
Le secteur des algues représente la frontière aquacole la plus durable d'Indonésie. Les algues absorbent l'azote, améliorent la qualité de l'eau, ne nécessitent aucune alimentation et génèrent des revenus pour les ménages côtiers.
La transformation numérique apparaît comme la prochaine vague. Des services d'extension mobiles, des analyses de bassins par satellite et des systèmes de surveillance automatisés sont actuellement testés dans différentes régions, permettant ainsi aux petits agriculteurs de prendre des décisions fondées sur des données qui n'étaient auparavant accessibles qu'aux exploitations industrielles.
Ce qui va suivre : les cinq prochaines années
À l'avenir, l'Indonésie devrait renforcer son rôle de leader mondial dans le domaine de l'aquaculture, mais la manière dont ce secteur se développera aura son importance.
La demande à l'exportation pour les crevettes vannamei, les algues et le tilapia reste forte, malgré une concurrence croissante de la part de l'Équateur, du Vietnam et de l'Inde. Les exigences en matière de traçabilité et les certifications de durabilité sur les marchés mondiaux des produits de la mer devraient devenir obligatoires plutôt que facultatives.
Dans le même temps, la consommation intérieure connaît une croissance rapide. À mesure que les revenus augmentent et que la demande en protéines s'accroît, le marché intérieur indonésien assurera la stabilité lorsque les marchés d'exportation fluctueront.
La tendance la plus importante pourrait être l'intégration des principes de l'aquaculture régénérative, notamment les systèmes intégrés mangrove-crevette, la polyculture, les régimes alimentaires à faible apport et le recyclage de l'eau.
Au cours des cinq prochaines années, le leadership de l'Indonésie dépendra non seulement de son envergure, mais aussi de la capacité de l'industrie à trouver un équilibre entre croissance, restauration écologique et bien-être des communautés.
Conclusion
L'histoire de l'aquaculture en Indonésie reflète une réalité mondiale : les systèmes alimentaires conçus uniquement pour la production à grande échelle finissent par atteindre leurs limites, tandis que les systèmes conçus pour la résilience perdurent.
Pour les agriculteurs du monde entier — qu'ils élèvent des crevettes à Sulawesi, des tilapias en Zambie, des truites au Pérou ou des algues en Inde —, les enseignements sont les mêmes :
- L'équilibre écologique est un atout, pas un obstacle.
- La technologie et la tradition peuvent se compléter mutuellement.
- L'aquaculture régénérative n'est pas un créneau, c'est l'avenir de l'agriculture côtière.
Alors que la demande en produits de la mer durables augmente, l'Indonésie a l'opportunité non seulement de nourrir des marchés en pleine expansion, mais aussi de démontrer comment l'aquaculture peut restaurer les écosystèmes, renforcer les communautés côtières et prospérer au fil des générations.